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1992

dimanche 11 décembre 2005, par Les Flamands Roses

Actions des Flamands Roses sur la mémoire de la déportation homosexuelle
· 1992 - L’association "Les Flamands Roses" pointent son nez sur le "devant de la scène". Leur premier cheval de bataille, celui qui a créé en partie l’assoc’, c’est la lutte pour la reconnaissance de la déportation homosexuelle en France.

"500 000 homosexuels déportés = qui s’en souvient ?
Comme les juifs, comme les tziganes, comme les démocrates, ils ont aussi été déportés, et comme eux, sont morts dans les camps de concentration nazis. Pourquoi ? Parce que leur seule existence était une provocation pour tous les amateurs d’ordre moral. Celui qui oublie l’histoire est condamnée à la revivre aujourd’hui l’association "Les Flamands Roses" dépose une gerbe en mémoire des homosexuel-les déporté-es."
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Ce tract a valu l’arrestation musclée de deux militants Flamands Roses...

Dans la même année, sous l’impulsion des Flamands, création d’un Collectif National pour le Souvenir des Homosexuels Déportés, afin de travailler ensemble sur cette reconnaissance.
À ce jour, 7 associations ont répondu à l’appel de l’unification, 4 seulement ont déjà contribué à la mise en place de ce collectif.
L’intérêt d’une telle organisation est évident. La concertation et la fédération donneraient à notre action un effet décuplé.

· 1993 - Avec le soutien de la présidente du Conseil Régional du Nord/Pas-de-Calais, MC. Blandin, Les Flamands Roses obtiennent une subvention pour réaliser l’exposition sur "Les Triangles Roses ou la Mémoire Interdite". Expo réalisée par deux profs d’histoire, membres de l’association. La seule expo sur ce thème, à ce jour, existante en France...

À la Noble Tour, nous, militant-es et individuel-les, portons le triangle rose à nos boutonnières et nous sommes comme l’année précédente derrière une rangée de flics à quelques mètres sur le trottoir...

· 1994 - Première présentation publique et officielle de l’exposition à Lille, ainsi qu’au Salon de l’Homosocialité à Paris, quai de Tournelle. Le jour de la cérémonie, nous portons un masque blanc et un triangle rose collé au niveau de la bouche, pour signifier que l’on nous bâillonne, que l’on nous rejète de cette cérémonie...

· 1995 - Année de la célébration du cinquantenaire des camps de concentration et aussi l’obtention de cette reconnaissance dans plusieurs de nos pays voisins.
Notre expo est visible à la Maison de la Nature et de l’Environnement, grâce au soutien de l’U.F.R. des Sciences Historiques de Lille et de M. Rosselle, ainsi que de la Bibliothèque Inter-Universitaire de Lille, en la personne de son directeur, M. Chadoune.
L’équipe historique se lance dans la réalisation de la brochure, qui sera un complément de l’exposition.

Temps forts pour Les Flamands Roses et leurs ami-es à la Noble Tour...
Tract :
"D’autres déportés ont porté cette veste avec le Triangle Rose,
ils étaient homos, ils ne sont toujours pas reconnus."

Deux membres de l’association portent la veste à rayures et le triangle rose, les autres participants un triangle rose cousu sur un carré de tissu à rayures... L’assistance est sous le choc.

· 1996 - Grande première : Pierre Seel nous fait le plaisir d’accepter notre invitation. Il est parmi nous à Lille, il visite l’exposition, participe à l’émission radiophonique, ainsi qu’à un débat à l’Aéronef avec les auteurs du film "Les sélectionneurs". Enfin, il dépose la gerbe de fleurs au pied de la Noble Tour après la cérémonie officielle...

· 1997 - Encore une manif sur la Grande place de Lille avec une grande bannière :
"Homosexuels déportés hier, Exclus aujourd’hui."

La Bibliothèque Universitaire de Lille III expose "Les Triangles Roses ou la mémoire interdite".
Et bien, sûr, notre présence "indésirable" à la cérémonie du souvenir le dimanche matin...

· 1998 - Image forte : les Flamands Roses déroulent un fil de barbelé orné de triangles roses en feutrine, entre eux et la barrière de flics.
Participation de l’association au Forum Inter-Associatif à Strasbourg, organisé par la fédération Gemini.

· 1999 - Année de transition... d’où un "minimum syndical" pour les actions de cette année. Le rassemblement à la Grande place fut un fiasco lamentable. À regretter un certain manque de continuité dans la mémoire collective de l’association. La rupture de 98 a fait un grand tort...
Néanmoins, nous avons été présents en petit nombre (une quarantaine) certes le dimanche à la cérémonie du souvenir.

· 2000 - Année faste, grâce à l’initiative d’Isabelle P, une des 2 historiennes de la réalisation de l’expo, qui a su re-motiver les foules à travers les "10 ans des Flamands Roses", les militant-es ont donc agi sur plusieurs fronts.

•  notre brochure écrite en 95 sera revue, réactualisée et réimprimée. La Société des Gens de Lettres de Paris la protège, pour éviter les piratages
•  par ailleurs, notre expo a été montrée à Rouen et à Montpellier
•  rédaction d’une pétition interpellant la Mairie de Lille (d’ailleurs, Martine Aubry personnellement l’a signée !), la Préfecture du Nord et les associations d’anciens déportés, afin d’exiger la reconnaissance des triangles roses.
Cette pétition a recueilli près de 300 signatures françaises et européennes, que nous avons pu remettre à Rémy Pautrat, préfet du Nord, grâce à l’intervention de Guy Hascoët, secrétaire d’Etat, à la Journée du Souvenir.
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Impossibilité, néanmoins, de participer officiellement à la cérémonie, malgré une rencontre à la Préfecture : expulsion ferme (mollestages, insultes) de 7 homosexuel-les portant le triangle rose, qui avaient réussi à s’infiltrer à la Noble Tour, malgré l’armada de policiers et de RG...
Pour marquer notre désapprobation, plusieurs personnes (juives dans sa majorité) ont quitté la cérémonie à leur seule initiative et ont rejoint les Flamands Roses, allongés sur le trottoir ("dying"), tout en brandissant des pancartes : "Ils nous soutiennent !", au-dessus des pétitions agrandies.
Afin de sensibiliser le grand public à notre cause, nous avons invité les passant-es du marché de Wazemmes à signer la pétition et à composer une gerbe d’œillets roses, le dimanche avant la cérémonie.

· 2001 - Tout aurait pu bien se dérouler...
Cette année fut riche en rebondissement. Tout semblait bien parti avec un accord avec le directeur de cabinet du préfet de Lille, M. Vacher, mais ce dernier s’est finalement violemment rétracté malgré, d’une part, une déclaration de Lionel Jospin, Premier ministre incluant les homosexuels dans les anciens déportés, d’autre part la diffusion d’une circulaire aux préfets nous autorisant à assister à la cérémonie sans signe distinctif.
Nous organisons le samedi un rassemblement Grand’Place, avec signatures de pétition et explications auprès d’une foule peu concernée mais attentive, qui est plutôt bien suivi et soutenu par des journalistes de France Bleue Nord et Libération.
Mais le jour de la cérémonie se passe beaucoup moins bien : nous nous voyons arrêtés par un mur de policiers (assez remontés contre nous) et de barrières. Certaines personnes juives, ayant leur invitation officielle, décident néanmoins par solidarité de rester avec nous... Les médias sont là ; l’équipe de France 3 Nord, la correspondante de Lille de Libération, La Voix du Nord, Nord Eclair, France Bleue Nord. Après force discussions et l’intervention de représentants des Verts, un petit groupe de Flamands est autoriser à pénétrer sur la pelouse, sans signe distinctif.
La cérémonie commence, les couples homo sur la pelouse se rapprochent et se forment en se tenant par la main, les insultes sourdent. Toutefois, pour la première fois le groupe présent sur la pelouse a le droit de se recueillir dans le Mémorial en même temps que les officiels. Les Flamands restés derrière les barrières brandissent des panneaux rappelant la signification des triangles, les propos de L. Jospin et la gerbe de fleurs.
Une fois la cérémonie terminée, ces derniers peuvent à leur tour s’approcher de la Noble Tour pour un dépôt de gerbe, chaque homo présent accrochant son triangle rose ou noir (pour les lesbiennes) sur les fils barbelés.

L’exposition "Les triangles roses ou la mémoire interdite" est présentée par 4 fois :

•  les 8-9 avril au Forum Associatif de la LGP de Paris,
•  en juin, durant la semaine culturelle de la LGP Lilloise à l’Univers-Cité,
•  aux U.E.E.H à Marseille, en juillet
•  et lors du Festival Question de Genre au cinéma Le Métropole à Lille du 23/11 au 4/12 avec la programmation du film documentaire "Paragraphe 175" et interpellation des FR sur la reconnaissance des homosexuel-les déporté-es en France.
Une réussite, la salle était comble !
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(À noter que nous vendons maintenant notre expo sur "Les triangles roses ou la mémoire interdite". Contactez-nous pour plus d’infos !).