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Communiqué à propos d’une interview de Christian Vanneste et de certaines de ses conséquences

dimanche 26 février 2012, par Bruno

Communiqué des Flamands Roses à propos d’une interview de Christian Vanneste publiée sur le site Liberté Politique et de certaines de ses conséquences

Notre association milite depuis 1991 pour que la République Française reconnaisse officiellement la déportation pour motif d’homosexualité durant la seconde guerre mondiale. En 2008, nous avons lancé un appel conjoint avec le Mémorial de la Déportation Homosexuelle à ce sujet. Depuis 1991, nous sommes présentEs à Lille à la cérémonie officielle de la Journée du Souvenir des Héros et des Victimes de la Déportation, qui a lieu chaque année le dernier dimanche d’avril.

Dans une interview publiée par le site Liberté Politique le 10 février dernier, Christian Vanneste, député du Nord, a déclaré que la déportation des homosexuels depuis la France était une "légende". Bien entendu, cela est faux, comme en attestent les travaux historiques de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, rappelés dans le communiqué publié le 15 février par le Mémorial de la Déportation Homosexuelle, que nous citons :

Parmi les cas recensés de déportation pour motif d’homosexualité depuis Paris , il y a :
- Jean Henri T., artiste dramatique arrêté en 1944 à Paris car il entretenait une liaison avec un Allemand.
- Un danseur d’opéra fréquentant les bals homosexuels clandestins de Paris. Arrêté le 22 août 1943 Place Blanche, il est emprisonné à Nanterre, puis remis le 1er octobre 1943 à la Brigade Mondaine de Paris qui le livre aux forces allemandes en vue de sa déportation.
- Georges C., homosexuel âgé de 17 ans et originaire de Dreux. Arrêté à Paris en novembre 1941, il est condamné à 5 ans de prison. Interné à Fresnes, il est transféré par convoi de la Gare de l’Est en direction de Karlsruhe (Allemagne). Il meurt de tuberculose dans le camp où il fut déporté.

La petite phrase de Christian Vanneste évoquant la "légende de la déportation des homosexuels depuis la France" a suscité une réprobation quasi générale des représentantEs de l’UMP, son parti politique. Les dirigeants de l’UMP ont ainsi annoncé son exclusion et le retrait de son investiture aux prochaines élections législatives. Même le Président de la République, candidat à sa réélection, a condamné les propos de Christian Vanneste sur la "légende de la déportation des homosexuels depuis la France". Mais nous n’avons entendu aucune condamnation des autres propos de Christian Vanneste sur l’homosexualité, pourtant particulièrement homophobes. Christian Vanneste a également fustigé les méthodes de procréation autres que le coït du pénis d’un homme et du vagin d’une femme, tous deux hétérosexuels et unis par les liens du mariage, qu’on devine catholique. Les enfants nés autrement et leurs parents apprécieront. Car nous estimons que si Christian Vanneste a tenu des propos hostiles à l’homosexualité tout au long de son interview, c’est qu’il a pensé avoir le champ libre là-dessus. Au plus haut niveau du pouvoir, en place depuis de nombreuses années, les membres de l’UMP ont tenu également des propos homophobes ou donné des garanties aux représentantEs de la droite catholique la plus homophobe. Ainsi le Premier Ministre déclarait-il, le 2 février au cours de l’émission télévisée Des paroles et des actes sur France 2, sans réaction de la part des dirigeants de l’UMP, que la "sécurisation des enfants" était "incompatible avec les couples homosexuels". De même, dans une interview au Figaro Magazine parue le 10 février, le Président de la République exprimait-il ses choix de société en matière d’égalité des droits des homosexuels, lui valant le ralliement de Christine Boutin pour la prochaine élection présidentielle.

Aussitôt après les menaces des dirigeants de l’UMP à son encontre, Christian Vanneste s’est défendu comme d’habitude en s’écriant être victime du "lobby gay" et pensant même rappeler qu’il soutenait la présence des associations homosexuelles aux cérémonies du souvenir de la Déportation. On se demande bien pourquoi s’il s’agit d’une légende, mais il ne l’a pas expliqué, et nous avons en mémoire l’interview qu’il avait accordé en mai 2005 à un journaliste du magazine Illico, donc membre du "lobby gay", où il avait cru que déclarer ce soutien lui servirait de preuve qu’il n’était pas homophobe. À cette époque, rappelons-le, trois associations avaient porté plainte contre lui car il avait déclaré que "l’homosexualité [était] inférieure à l’hétérosexualité", ce que la Cour de Cassation a jugé, en définitive, ne pas constituer une insulte.

Aujourd’hui, l’exclusion de Christian Vanneste de l’UMP ne semble plus faire consensus au sein de ce parti. Et quelles que soient les déclarations de ses dirigeants, même si Christian Vanneste est exclu, nous ne ferons pas comme si l’UMP était blanchie de tout soupçon d’homophobie. Des représentants de la Droite Populaire (affiliée à l’UMP) ont régulièrement tenu des propos homophobes ces dernières années sans réaction des dirigeants de l’UMP.
Nous luttons contre l’homophobie parce que nous luttons contre le sexisme et nous rappelons les propos sexistes que plusieurs hommes de gauche et de droite
ont tenu au printemps dernier à propos de l’affaire DSK.

Si nous luttons pour que la République Française reconnaisse officiellement la déportation pour motif d’homosexualité durant la seconde guerre mondiale, c’est parce que nous voyons bien que la République nous considère comme des sous-citoyenNEs si nous visibilisons notre homosexualité. Si, comme elle le célèbre chaque dernier dimanche d’avril à l’occasion de la Journée du souvenir des Déportés, la République est le contraire de la barbarie nazie, alors elle doit d’abord commémorer la mémoire de la déportation des homosexuels parce que les nazis l’avaient prévue et mettre ensuite des moyens pour que la recherche historique établisse la réalité des faits.

Notre place dans la société en tant que personnes LGBT ne s’améliorera d’ailleurs pas uniquement par l’égalité des droits dans le cadre Républicain telle qu’elle figure notamment dans les programmes des partis de gauche. Car nous notons que l’homophobie n’a pas disparu des pays ayant ouvert le mariage aux homosexuelLEs. La Belgique, par exemple, a lancé une campagne pour recueillir des témoignages d’agressions homophobes encore nombreuses.

Nous sommes vigilantEs à ce que nos luttes ne soient pas instrumentalisées à des fins racistes ou sexistes. Nous ne voulons pas que soient passés sous silence, à propos des questions LGBT, les violences sexistes, les situations de précarité ou les problèmes d’accès au système de santé, ce qui va bien au delà de la question de l’égalité des droits.

Les Flamands Roses