Accueil > LGBT-phobies > Historique des actions > Marche des fiertés LGBT de Lille -2 juin 2007

Marche des fiertés LGBT de Lille -2 juin 2007

lundi 4 juin 2007, par Kickoo

Nous manifestons aujourd’hui à l’occasion de la marche des fiertés de la lesbian and gay pride de Lille.

Quoi qu’en pensent certaines personnes ou certaines institutions (administrations, police,justice, école, santé) nous n’avons pas honte de ce que nous sommes : lesbiennes, gais, bis,trans. Nous sommes fierEs. Notre présence dans la rue commémore les événements survenus
à New York en 1969 : alors qu’elle débarque dans le Stonewall Inn, un bar fréquenté par des homosexuelLEs et des transsexuelLEs, la police doit affronter la résistance de la clientèle qui refuse de se soumettre à ce contrôle. Les affrontements durent plusieurs jours autour d’une
barricade dressée devant le bar.

La lesbian and gay pride célèbre donc un soulèvement des personnes LGBT contre la répression et le contrôle policiers. En France, depuis 1982, il n’y a plus, officiellement, de fichage des homosexuelLEs par la police. Cependant, nous sommes régulièrement témoins de contrôles policiers sur les lieux fréquentés par des homosexuelLEs. Nous constatons aussi que les lois
sécuritaires comme celle pénalisant le racolage passif criminalisent une partie de la population LGBT déjà précaire. Cette loi est parfois utilisée pour empêcher les acteurs de prévention santé de faire leur travail sur le terrain. Cependant, encore, nous assistons depuis plusieurs années à une criminalisation croissante des militantEs politiques et syndicauxLES. Venir en aide à une personne sans-papier, la loger, la nourrir, sont par exemple des délits. Il ne s’agit pourtant que d’une attitude humaniste. Nous ne faisons pas de hiérarchie dans nos luttes. Il existe un important fichier de police avec photos, prélèvements d’empreintes digitales et d’ADN. Nous
refusons le contrôle et le fichage de nos vies. L’histoire nous enseigne que cela peut conduireau pire : ainsi Pierre Seel fut arrêté par la gestapo pour homosexualité, puis déporté, sur la base d’un fichier de la police française. Quelques mois plus tôt, en effet, il avait signalé qu’on
lui avait volé sa montre dans un parc et la police avait rajouté à sa déposition la mention que ce parc était fréquenté par des homosexuels.

Nous manifestons aujourd’hui contre l’homophobie et la transphobie. L’homophobie est la haine ou l’hostilité contre les homosexuelLEs. La transphobie est la haine ou l’hostilité contre les transsexuelLEs. Elles peuvent prendre diverses formes, des plus insidieuses aux plus brutales : discriminations, propos vexatoires, insultes, diffamations, chantages, violences, agressions physiques,
coups et blessures, viols, meurtres. Elles se manifestent aussi sous forme intériorisée : haine de soi, mal-être notamment lorsqu’on se découvre homosexuelLE ou transexuelLE et peuvent conduire au suicide. L’homophobie et la transphobie peuvent se manifester partout : en famille, sur le lieu de travail, à l’école, dans la rue, par le voisinage, etc.

Nous manifestons contre la psychiatrisation des transexuelLEs. L’homosexualité n’est plus une maladie mentale pour l’Organisation Mondiale de la Santé depuis 1990, alors que la transsexualité l’est toujours. Les transsexuelLEs n’ont pas le choix de leurs m’edecins traitants. De plus, de nombreuxSES transsexuelLEs sont traitéEs psychiatriquement pour homosexualité
.
Nous manifestons aujourd’hui en solidarité avec toutes les personnes LGBT du monde entier qui n’ont pas cette liberté. L’homosexualité réelle ou supposée est passible de peines de prison ou de mort dans plusieurs pays.

Parallèlement, nous sommes solidaires des EtrangerEs en France. Nous demandons la régularisation de touTEs les sans-papiers sans condition. Nous exigeons l’abrogation de la loi ceseda sur l’entrée et le droit de séjour des EtrangerEs en France. Nous nous indignons notamment des
expulsions d’EtrangerEs malades. Par exemple, les personnes étrangères séropositives vivant en France sont dans une situation très difficile ; elles sont souvent précaires. Avec la loi ceseda et ses circulaires, celles-ci n’ont plus aucun droit de séjour en France si un traitement est théoriquement disponible dans la capitale de leur pays d’origine. Bien entendu cela ne signifie
en rien qu’une fois expulsées, ces personnes auront accès à ce traitement. Leur expulsion les condamne donc à mort. De plus la loi prévoit une violation du secret médical puisque les préfets devront être informés par les médecins. Nous sommes très inquietEs de l’évolution
de la situation des EtrangerEs en France telle qu’elle sera gérée par le nouveau ministère de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du codéveloppement. Nous n’avons aucune fierté nationale.

Nous remarquons que les marches des lesbian and gay prides rassemblent partout un très grand nombre de manifestantEs : plusieurs milliers à Lille, plusieurs centaines de milliers à Paris. `A l’Etranger aussi : la marche pour l’égalité qui a eu lieu à Varsovie en 2006 a été la plus grosse manifestation dans ce pays depuis 1989 tous motifs confondus. Pour autant, les revendications portées par ces manifestantEs sont-elles entendues `a hauteur de leur nombre ? Il est trop facile de ne retenir de nos marches que leur aspect de carnaval festif. Il ne faut pas s’y méprendre : c’est le droit de faire la fête que nous revendiquons, ainsi que le droit au bonheur
et celui de vivre notre sexualité et notre genre librement. Si nous, lesbiennes, gais, bis et trans faisons la fête publiquement aujourd’hui, ce n’est pas dans le souci marketing de faire de belles images médiatiques, mais pour protester contre l’homophobie et la transphobie et leur opposer notre fierté.

Nous ne sommes pas dans la rue pour servir de cible électorale aux éluEs ni de cible commerciale aux marchands. Le libéralisme économique précarise un grand nombre de personnes LGBT. Au printemps 2006, il y a eu une mobilisation de plusieurs semaines contre la loi dite
de “l’égalité des chances” qui a abouti au retrait du contrat première embauche par le gouvernement.Rappelons que ce contrat prévoyait une longue période pendant laquelle un employeur peut licencier son employéE sans motif. Les personnes LGBT auraient été particulièrement
exposées à de tels licenciements. En effet, un employeur homophobe ou transphobe licencie parfois unE employéE uniquement en raison de son orientation sexuelle ou de son identité de genre. Le licenciement a souvent lieu pour un tout autre motif, qui n’est qu’un prétexte, et suit
généralement une période de harcèlement visant à conduire l’employéE à la démission.

Nous manifestons pour porter nos revendications d’une nouvelle société, libre, commençant par l’’egalité des droits pour toutes et tous (notamment le mariage, la lesboparenté, la gaiparenté et la transparenté) sans distinction d’orientation sexuelle ni d’identité de genre.

Nous ne sommes pas dans la rue pour donner une bonne image de nous-mêmes face à celles et ceux qui voudraient vivre heureuxSES en nous cachant. Nos plumes et nos paillettes sont un hommage rendu à toutes celles et ceux dont le courage et le mauvais genre ont ouvert la voie vers l’égalité de toutes et tous, en particulier pour les homosexuelLEs et les transsexuelLEs.

Lille, le samedi 2 juin 2007.
Les Flamands Roses